


7 salariés sur 10 déclarent avoir déjà ressenti un trouble de santé mentale lié au travail, selon la Grande Enquête Moka.Care sur la santé mentale au travail 2026. Derrière ce chiffre, il y a souvent une équipe RH qui écoute et accompagne.
Mais qui prend soin de celles et ceux dont le métier consiste à prendre soin des autres ? Les RH absorbent une part des émotions de l'organisation, tout en traversant, comme chacun, des périodes personnelles exigeantes, sans toujours s'autoriser à le montrer.
Le 29 septembre, le Take.Care Connect, le club DRH de Moka.Care, a réuni Matthieu Birach, DRH de Doctolib, et Sylvie Chauvin, psychologue référente Moka.Care et ex-DRH. Voici ce que nous retenons de leur échange sur la résilience et les ressources qui aident à tenir.
La résilience, ce n'est pas revenir intact après une période éprouvante : c'est retrouver un équilibre, à son rythme, en s'appuyant sur des ressources. Le témoignage de Matthieu Birach l'illustre avec beaucoup de sincérité.
Ces dernières années, le DRH de Doctolib a traversé plusieurs événements personnels intenses, parfois au cœur de périodes professionnelles très chargées. « J'attendais mon premier enfant et au même moment j'ai perdu mon petit frère de manière très subite », raconte-t-il. Son rapport à la santé mentale s'est aussi construit bien plus tôt : son père a été diagnostiqué bipolaire lorsqu'il avait 7 ans, avec plusieurs hospitalisations psychiatriques longues.
Sa manière de traverser ces moments tient en une formule partagée avec la salle : « aller à fond dans le truc ». Autrement dit, ne pas contourner la difficulté, mais s'y confronter. Matthieu Birach décrit aussi une capacité à transformer le stress en action et une forme de détermination : quand la situation l'exige, il ne se laisse pas le choix, il avance.
Son regard a aussi évolué. Longtemps, il a cherché le « bonheur ». Aujourd'hui, il vise davantage une forme de sérénité et d'alignement, notamment dans la qualité du temps passé en famille.
La psychologue du développement Ann S. Masten, professeure à l'Université du Minnesota, décrit la résilience comme une « magie ordinaire ». Elle repose moins sur des qualités extraordinaires que sur des ressources assez communes :
Conséquence : chacune et chacun peut cultiver sa résilience, à condition de disposer de ces appuis.
Quand tout arrive en même temps, les appuis les plus solides sont souvent simples : un cadre, des personnes, des espaces pour parler. Pour Matthieu Birach, le travail a longtemps joué ce rôle d'ancrage.
Il n'est pas le seul. Selon la Grande Enquête Moka.Care 2026, 7 salariés sur 10 déclarent que leur vie au travail impacte positivement leur santé mentale. Le travail structure les journées, donne un sentiment d'utilité, maintient du lien.
La nuance compte toutefois : un ancrage peut aussi devenir une fuite, lorsque l'activité sert surtout à ne pas regarder ce qui se passe. C'est là qu'intervient la deuxième ressource citée par Matthieu Birach : les autres. Entourage, pairs, collègues : ce sont ces relations qui permettent de déposer ce que l'on porte.
« Quand tu es DRH, les gens viennent souvent te voir pour te demander de l’aide, rarement pour te demander si tu en as besoin » explique Matthieu Birach.
Quand de nombreuses personnes viennent chercher de la stabilité auprès de soi, on finit parfois par s'imposer une injonction à rester solide en toutes circonstances. Pour alléger ce poids, il propose de changer de regard sur la fonction.
« Être RH, c'est être acteur et facilitateur de solutions, comme toutes les personnes de l'entreprise. »
Les RH ne portent pas seules la santé mentale de l'organisation ; elles et ils y contribuent, aux côtés des managers, des dirigeants et des équipes. Il revendique aussi une forme de fierté. Il a choisi ce métier, il l'aime, et cette fierté fait partie de ce qui l'aide à tenir dans les moments exigeants.

Le cercle de contrôle aide à distinguer ce sur quoi l'on peut agir de ce qui ne dépend pas de nous, et donc à placer son énergie au bon endroit. Popularisé par Stephen Covey dans Les 7 habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu'ils entreprennent (The 7 Habits of Highly Effective People), le modèle distingue trois cercles concentriques :
Matthieu Birach s'appuie beaucoup sur cette grille. Son objectif : ne pas perdre d'énergie et trouver sa zone d'influence, à commencer par l'influence que l'on a sur soi-même. Cela passe par une grande intentionnalité dans la gestion de son temps. Son principe : choisir, pour éviter que les autres choisissent pour nous.
Parce que la santé mentale au travail est une coresponsabilité : prendre soin de soi compte, mais l'organisation agit aussi sur les conditions de travail, les ressources et les espaces de soutien. C'est l'un des messages forts de Matthieu Birach.
Chez Doctolib, entreprise à la culture d'exigence affirmée, l'enjeu consiste à maintenir ce niveau d'exigence sans qu'il glisse vers le surengagement. Et à éviter que les personnes les plus engagées soient aussi celles qui s'épuisent le plus.
Le cadre légal va dans ce sens. L'article L4121-1 du Code du travail prévoit que l'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs : actions de prévention des risques professionnels, actions d'information et de formation, organisation et moyens adaptés.
Ce sont des leviers collectifs, qui relèvent de la culture et du management bien plus que de la seule volonté individuelle.
L'échange avec Matthieu Birach met en lumière cinq pistes concrètes. Il n'y a pas de solution unique, mais ces repères peuvent aider.
Le Code du travail prévoit que l'employeur protège la santé physique et mentale de ses salariés. L'article L4121-1 lui confie trois types de mesures : des actions de prévention des risques professionnels, des actions d'information et de formation, et une organisation et des moyens adaptés. Cette obligation concerne l'ensemble des collaboratrices et collaborateurs, y compris les équipes RH elles-mêmes.
Un DRH peut s'appuyer sur plusieurs espaces de soutien : ses pairs, un réseau RH, son entourage, un coach, un psychologue ou une supervision. L'intervision, qui réunit des professionnels d'un même métier pour analyser ensemble des situations vécues, est particulièrement adaptée. Les clubs RH et sessions de co-développement offrent aussi un cadre confidentiel pour déposer ce que l'on porte au quotidien.
La résilience désigne la capacité à retrouver un équilibre après une période éprouvante, pas le fait d'absorber sans fléchir. Selon l'American Psychological Association, elle est à la fois un processus et un résultat, qui repose sur la flexibilité mentale, émotionnelle et comportementale. Être résilient, c'est donc aussi s'autoriser à ralentir, demander de l'aide et reconnaître ce que l'on a traversé.


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