


Samedi 17 octobre 2026, les images des manifestations et des heurts qui les ont accompagnées ont circulé en boucle. Pour certaines personnes, commerçants, salariés en poste sur place, forces de l'ordre, personnes venues manifester, ces scènes ont été vécues de près. Pour beaucoup d'autres, elles sont arrivées par écran interposé, le soir même ou le lundi matin.
Dans les jours qui suivent un événement violent, les réactions sont souvent déroutantes : sommeil agité, irritabilité, impression d'irréalité. Elles concernent les victimes comme les témoins, et elles s'invitent au travail, même quand l'événement s'est produit ailleurs.
Dans cet article, Ombeline de Cagny, psychologue référente chez Moka.Care, partage des repères concrets pour prendre soin de soi, et accompagner ses équipes dans des contextes marquants.
Un événement potentiellement traumatique confronte brutalement une personne à la possibilité de sa propre mort ou de celle d'autrui, à une menace grave pour son intégrité physique ou psychique, ou à une situation vécue comme totalement incontrôlable.
Cette définition s'appuie sur le DSM-5-TR, le manuel de référence des troubles mentaux publié par l'Association américaine de psychiatrie.
On peut y être exposé de plusieurs façons :
« Le mot « potentiellement » compte. Vivre un événement violent ne conduit pas forcément à un trouble : chaque personne réagit avec son histoire, son état du moment et les ressources dont elle dispose. Il n'y a donc pas de « bonne » ou de « mauvaise » manière de réagir. » explique Ombeline de Cagny, psychologue référente chez Moka.Care.
L'état de stress aigu (ESA) est une réaction psychologique et physiologique intense et transitoire, qui survient après l'exposition à un événement traumatique et dure de 3 à 30 jours. Quand les symptômes persistent au-delà d'un mois, on parle de trouble de stress post-traumatique (TSPT).
On peut se représenter ce cheminement comme un entonnoir : parmi les personnes exposées, une partie traverse un état de stress aigu, parmi elles une partie développera un stress post-traumatique.
Les réactions de stress aigu prennent des formes variées, physiques, émotionnelles ou comportementales :
Comme le précise Ombeline de Cagny, psychologue référente Moka : « Cette liste n'est pas une grille d'autodiagnostic. Certains de ces symptômes peuvent être présents sans signer un état de stress aigu, et ils varient d'une personne à l'autre. »
Le stress post-traumatique se soigne. L'accompagnement recommandé passe par un ou une psychologue clinicienne formée au psychotraumatisme, avec des thérapies comme l'EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing, ou désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires) ou l'ICV (Intégration du cycle de la vie).
En état de stress aigu, les capacités de régulation du stress sont dépassées. La première étape consiste à retrouver un sentiment de sécurité, dans son corps et dans son environnement, avant de chercher à comprendre ce qui s'est passé.
« Après un événement violent, la priorité est d'abord de retrouver un peu de sécurité. Vous n'avez pas à tout comprendre ni à tout raconter tout de suite », rappelle Ombeline de Cagny.
Les exercices d'ancrage aident à reprendre pied dans l'instant, quand les pensées s'emballent :
La régulation physiologique agit directement sur l'agitation :
L'isolement social fait partie des facteurs associés au stress post-traumatique. L'enquête ESPA 13-Novembre de Santé publique France, menée auprès des intervenants mobilisés lors des attentats de 2015, l'a mis en évidence aux côtés de l'intensité de l'exposition et de l'absence de préparation.
Se rapprocher des autres peut donc prendre plusieurs formes : contacter un proche, un ou une collègue, un ami ou une amie ; démarrer une thérapie ou reprendre contact avec son psychologue ou son psychiatre, si on en ressent l'envie ; consulter son médecin traitant.
« On peut demander une présence sans raconter les faits. Dire "reste avec moi un moment" est déjà une façon de chercher du soutien », précise Ombeline de Cagny.
Demander de l'aide est légitime, même quand on hésite sur la gravité de ce que l'on ressent. Si la détresse persiste, s'intensifie ou pèse sur le sommeil, le travail ou les relations, un ou une professionnelle de santé peut aider. Nul besoin d'attendre une durée précise ni d'être certain de « ce que l'on a ».
En cas d'urgence : En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112. Si vous êtes en souffrance ou inquiet pour quelqu'un, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est gratuit et accessible 24 h/24, 7 j/7.
Managers et RH ne sont pas thérapeutes, mais leur rôle est décisif : écouter sans minimiser, ajuster le travail et orienter vers les bonnes ressources. Le soutien managérial compte : selon la Grande Enquête sur la santé mentale au travail 2026, 87 % des salariés qui déclarent recevoir du soutien de leur manager sont en bonne santé mentale, contre 51 % de celles et ceux qui n'en reçoivent pas du tout.
Après un événement marquant, le ou la manager est souvent la première personne à percevoir qu'un ou une collaboratrice ne va pas bien. Quelques repères :
Ombeline de Cagny le résume ainsi : « Accompagner quelqu'un, c'est écouter sans minimiser ce que la personne ressent, sans imposer d'explication et sans demander de raconter les faits en détail. »
Checklist pour les RH :
Un événement violent laisse des traces différentes chez chacun. Certaines s'estompent en quelques jours, d'autres demandent un accompagnement. Dans tous les cas, l'écoute, la sécurité et le soutien comptent, même quand on ne sait pas encore exactement de quoi on a besoin.
On peut reconnaître que l'événement a pu toucher certaines personnes, sans commenter ses causes ni ses acteurs. L'essentiel tient en trois gestes : nommer ce qui s'est passé de façon factuelle, rappeler les ressources disponibles comme la ligne d'écoute ou le médecin du travail, et laisser chacun libre d'en parler ou non, en individuel plutôt qu'en réunion.
Oui, dans certains cas. Lorsqu'un événement grave survient sur le lieu ou à l'occasion du travail, la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes recommande de déclarer les victimes et les témoins en accident du travail, ou au minimum de les inscrire au registre des accidents bénins. Cette déclaration permet de couvrir d'éventuelles conséquences psychologiques apparues plus tard.
Oui, les images peuvent marquer, surtout lorsqu'elles sont vues en boucle. Les manuels de référence réservent le diagnostic de stress post-traumatique à une exposition directe, à un rôle de témoin ou à l'annonce d'un drame touchant un proche, mais l'exposition répétée aux images entretient souvent le stress. Faire une pause des écrans et des notifications aide à apaiser l'esprit.


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