Chloé Hermary

Chloé Hermary

Il y a deux ans, et après un parcours en apparence classique de “bonne élève”, Chloé Hermary fonde Ada Tech School, “l’école de code qui casse les codes”. Le concept ? Une école d’informatique “féministe” (pensée pour les femmes mais ouverte à toutes et à tous) et un modèle éducatif qui s’appuie sur l’”empowerment” des élèves. Une aventure entrepreneuriale menée avec passion et détermination.

Personnellement, pourquoi êtes-vous sensible au sujet de la santé mentale ? 

J’ai grandi dans un cadre familial particulièrement sensible à la santé mentale. Ma mère a toujours été très intéressée par ces sujets : elle faisait du yoga, de la méditation, elle s’est formée au coaching bien avant que ce soit à la mode et elle a fini par ouvrir un centre de bien-être et de yoga à Bordeaux. J’ai évolué dans cet univers-là. Plus tard, j’y ai été confrontée par la force des choses quand je suis entrée en prépa où j’ai fait une dépression, j’ai suivi une thérapie pendant près de 2 ans, une thérapie que j’ai reprise à la genèse d’Ada. 

C’est d’ailleurs à la suite de mes années d’école que j’ai eu l’envie de créer Ada. Tout est venu du constat qu’aujourd’hui, dans le système éducatif, on est trop souvent dévalorisé. On nous fait sentir que l’on est pas capable alors que j’ai l’intime conviction que le “se sentir capable” et le “être capable” sont intimement liés et que se sentir capable ne devrait pas être un dépassement de soi mais une norme. Chez Ada, nous avons voulu créer un cadre d’apprentissage “capacitant” (d'empowerment), une nouvelle façon d’apprendre qui nous fait prendre confiance plutôt que de nous la faire perdre.

Qu’avez-vous mis en place chez Ada pour prendre soin de la santé mentale de vos équipes et de vos employés ? 

Pour nos étudiants, nous avons instauré ce que l’on appelle “La Clôture". Le principe est très simple, à la fin de chaque journée tout le monde s’assoit en cercle et un bâton de parole circule jusqu’à ce qu’il s’arrête quand plus personne n’a rien à dire. Cela a généré beaucoup de transparence au sein des élèves qui osent s’exprimer et qui se rendent compte que tout le monde traverse des périodes de doute. On se sent ainsi moins seul, on ne considère plus que c’est bizarre d’être mal. Ça permet aussi de “vraiment” terminer la journée, de déconnecter. 

Nos élèves sont pour la plupart en alternance, ils ont 4 jours en entreprise et 1 jour à l’école ; nous avons décidé de dédier ce jour à du coaching plutôt qu’à des cours supplémentaires. Nous nous adressons à un public qui est souvent en minorité dans les équipes et cela peut être plus difficile à gérer en entreprise donc l’idée est de vraiment les accompagner et de les aider quand ils rencontrent des difficultés.

Pour les équipes Ada, j’essaye de créer beaucoup de moments collectifs, qu’ils soient rythmés et réguliers. On essaye d’inscrire ça sur le temps professionnel évidemment, l’idée n’est pas d’organiser un verre d’équipe pendant que chacun devrait être avec sa famille ou ses amis, c’est hyper important pour moi. Nous avons tous des horaires fixes et nous ne travaillons pas le weekend. On essaye aussi de créer une conversation régulière, que tout le monde ait son mot à dire même les plus introvertis. 

Quel rôle peut jouer l'entreprise dans la santé mentale de ses employés ? 

Selon moi, la santé mentale, c’est surtout de la confiance en soi qui fait qu’au quotidien on va être meilleur dans tous les sens du terme. Je ne vois pas comment on peut essayer d’avoir une meilleure entreprise sans investir sur les gens qui la composent. Chez Ada, une de nos valeurs est précisément là-dessus ; nous invitons chaque personne à être capitaine de son propre périmètre, on les aide à trouver leur Why personnel, leur levier de motivation. Quand les gens s’éclatent, ont envie de venir le matin, ça aligne les intérêts. 

Mais aujourd'hui,  je pense que la majorité des entreprises n’ont pas envie d’investir ni du temps, ni de l’argent là-dedans. Les entreprises qui seront compétitives demain seront celles qui le feront.  

En tant que founder, quel est votre mécanisme pour prendre soin de votre santé mentale ? 

Le confinement m’a beaucoup aidé à trouver un équilibre. Avant ça, j’étais tout le temps dans la course, j’étais quasiment en burnout, speed en permanence. J’ai été dans l’obligation de rester chez moi, je n’avais plus de rendez-vous partout dans Paris, j’ai pu prendre beaucoup plus de recul. Maintenant, je fais au moins une journée de télétravail par semaine et je ralentis, ça me fait beaucoup de bien. 

Ce que j’ai aussi compris au fur et à mesure, c’est mon besoin de coupure. Je ne peux pas travailler le weekend, j’ai vraiment besoin de ces 2 jours où je ne suis pas sur mon ordinateur. L’entrepreneuriat, c’est un marathon sans ligne d’arrivée ; s’accorder des moments de pause sans travail, te faire du bien, c’est le rendre à ta boite. 

Ce qui est amusant, c’est qu’il n’y a pas de recette miracle, tout ça est très personnel. Mon copain qui est entrepreneur aussi ne fonctionne pas du tout comme moi là dessus, il a besoin de travailler un peu le weekend pour aborder plus sereinement sa semaine. Il faut apprendre à se connaître et trouver sa recette personnelle.

Selon vous, le sujet de la santé mentale est-il tabou, particulièrement en France ? 

J’ai l’impression qu’il y a un progrès mais qu’il arrive doucement. Il y a encore beaucoup de tabous, notamment pour les hommes qu’on amène beaucoup moins à parler de leurs faiblesses. Partager ses doutes est encore trop perçu comme de l'anti performance, c’est entrer dans la catégorie des faibles. 

Ce que je trouve dommage, c’est que dans le monde de l’entrepreneuriat, on ne raconte que les success stories et on occulte complètement les “down” des founders. À écouter l’histoire, il n’y a jamais eu de période de doutes, de remise en cause et en tant qu’entrepreneur, on se dit “ah mais mince ça doit se passer comme ça en fait ?”. 

Dans le cadre plus business, quand on pitche notre projet à des VC et qu’on émet le moindre doute sur notre business plan ou sur une croyance, on ne vous suit pas. J’aurais pu essayer de faire comme tout le monde et faire semblant que tout allait bien mais je considère que c’est aussi ça la mission d’Ada : créer un nouveau cadre. 

J’essaye de parler comme je peux de mes échecs passés, de mes doutes, de ce que j’ai pu ressentir et finalement je crois que les gens s’identifient plus, cela crée des vraies relations, cela peut nous donner une vraie force.


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