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bien être au travail et performance

Atteindre la très haute performance : quelle(s) conséquence(s) pour la santé mentale ?

Makis Chamalidis a travaillé aux côtés de champions.

Nous avons eu l'occasion d'échanger avec lui sur un sujet qui nous taraude : la performance.

En effet, santé mentale et performance sont souvent perçus comme étant antinomiques. Pour atteindre un très haut niveau de performance, on y laisse forcément une forme d'équilibre personnel. Et pourtant... et pourtant. La santé mentale n'est-elle pas la condition sine qua non de la performance dans la durée ? 

Est-ce possible de trouver son équilibre psychologique lorsque l'on atteint la très haute performance ? Et si oui, comment ? 

Makis nous livre ses réflexions sur le sujet.


Quelle est pour toi la différence entre la performance et la très haute performance sur le plan psychique ? Comment se distinguent-elles ?

La différence est dans la profondeur de la recherche. On peut être performant parce qu’on a du talent, un don naturel, une bonne coordination, une bonne explosivité… mais ce n’est pas forcément pour cela qu’on va aller très loin. D’ailleurs, souvent, le pur talent est dépassé par le besogneux, qui se lève plus tôt, qui s’entraîne plus intensément… qui travaille plus, tout simplement. Je dirais que c’est là que se trouve la différence : d'avoir un plan intelligent et de le suivre de manière systématique. La haute performance est toujours le résultat d’une recherche quasi obsessionnelle. Au-delà de la passion, ces athlètes sont investis d'une mission qui donne un vrai sens à tout ce qu'ils entreprennent.

Cela me fait penser à une réflexion qu'Arsène Wenger a partagé avec nous dans le cadre des étoiles du sport : “il y a trois types de sportifs : ceux qui s’entraînent pour la compétition, ceux qui s’entraînent pour être performants, et ceux qui s’entraînent pour gagner.”

Que penses-tu de l’expression “avoir un mental de champion” ?

C’est un cliché qui veut tout et rien dire. C’est quoi, d'abord, un champion ?

Pour moi, un champion c’est quelqu’un qui marque les esprits par quelque chose qui va au-delà de la performance : par son aura et par sa personnalité.

On pourrait penser qu’un champion du monde sacrifie nécessairement sa santé mentale au profit de son obsession pour la performance. Mais la réalité, c’est que toute performance ou réussite nécessite une mise en déséquilibre. On va forcément devoir se pousser pour aller le plus loin possible.

En fait, tout consiste à trouver son équilibre dans le déséquilibre.

C'est là où le vrai champion s'inscrit dans une vie psychique durable.

Tu accompagnes des sportifs de haut niveau sur le plan psychologique. Quelle est la place du bien-être mental et de l’équilibre quand on atteint ces niveaux de performance ?

Quand on est champion, on est sur le fil du rasoir en permanence. C’est même un prérequis pour devenir champion. Donc la performance par le bien-être, je ne pense pas que ce soit possible ou même souhaitable. L’athlète de haut niveau va forcément devoir mettre à risque son bien-être et pousser ses limites pour atteindre ses objectifs. En revanche, intégrer des moments de bien-être dans son quotidien est indispensable pour garantir un minimum d'équilibre et ne pas se bruler les ailes...

Quand on accompagne des champions sportifs, on les aide aussi à gérer leur énergie. On les aide à identifier ce qui leur donne de l'énergie et ce qui leur en retire. Car tout ce qui se passe en dehors de l'entraînement et des compétitions est aussi important que ce qui se passe sur le terrain. Choisir des personnes et des activités qui nourrissent leur énergie, cela n'a pas de prix et cela peut faire baisser le "coût de la performance".

Comment accompagnes-tu les sportifs ? Quelle(s) méthode(s) mets-tu en place ?

Je regarde d'abord la "big picture" et deux choses en premier lorsque j'accompagne des sportifs de haut niveau.

La première, c'est la profondeur de son projet. C'est-à-dire le “pourquoi” qui anime le champion au quotidien. Et ce pourquoi doit être vital — allant bien au-delà de “vouloir gagner". Il est ancré dans les motivations profondes auxquelles on n'a pas si facilement accès mais qui nécessitent d'être connues pour procéder à un accompagnement performant.

Ensuite, je regarde la qualité de l’entourage. Est-ce que l'athlète écoute le dernier qui a parlé ou est-ce qu'il a créé autour de lui une garde rapprochée avec des gens compétents et de confiance où chacun est à sa place ? Est-ce un entourage qui aide à baliser son chemin ? Et, le cas échéant, est-ce que l'athlète arrive à affirmer son identité pour s'imposer au lieu de subir la loi des autres ?

Si le projet est solide on peut avancer et développer des compétences spécifiques que ce soit à l'entraînement et en compétition.

Durant un match, sur le terrain, il y a forcément des moments de crise. Comment fais-tu pour aider les sportifs à dépasser ces moments pour rester dans le feu de l’action ?

La performance mentale, c'est savoir exprimer son talent sous pression et dans la durée.

La première chose, c'est les aider à savoir où ils mettent les pieds et se familiariser avec les exigences de la haute compétition donc à anticiper au lieu de réagir. Les grands champions font un immense travail de visualisation en amont des compétitions. Ils visualisent tout ce qui pourrait arriver et se préparent à agir en réponse à ces situations. Ainsi, ils sont dans l’action, et non dans la réaction. Car c’est tellement plus facile d’aborder l’imprévu quand on a un plan, voire même un protocole précis. Je les encourage même à s’inspirer des professions dans lesquelles la gestion d'imprévus est d'ordre vital. Par exemple, le pilote d’avion ou le chirurgien.

Mais se focaliser sur le process ne suffit pas toujours pour raccourcir le temps de crise. Il y a besoin de se faire des piqures de rappel sur son identité de compétiteur et redonner du sens à sa présence quand on s'écarte du process.

N'est-ce pas là la marque des grands que de penser au je(u), pas à l'enjeu ?

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