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Microbiote et santé mentale : tout savoir sur la psycho-nutrition

Prendre soin de son intestin, pour prendre soin de son cerveau.

Voilà la promesse faite par le Dr. Guillaume Fond, psychiatre et chercheur aux hôpitaux universitaires de Marseille. Il est également l’auteur du livre "Bien manger pour ne plus déprimer" paru aux Editions Odile Jacob.

Jeudi 30 juin, nous avons eu le plaisir d'échanger avec lui pour comprendre les liens entre alimentation et santé mentale. Il nous a partagé l'avancée des dernières études en psycho-nutrition ainsi que des conseils pratiques pour protéger son microbiote et améliorer son bien-être mental.

12 millions de Français souffrent d’un syndrome de l’intestin irritable, 28 millions, de symptômes digestifs et 10% de dépression majeure.

Alors, qu'attendons-nous pour prendre soin de notre santé mentestinale ?

Retrouvez le début de notre échange avec le Docteur Guillaume Fond :

moka.care - À première vue, le lien entre alimentation et santé mentale n’est pas intuitif. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce qu’est la psycho-nutrition ?

Ce lien n’est pas intuitif non plus pour les psychiatres ou les professionnels de santé en général. La psycho-nutrition, c’est l’influence de l’alimentation sur la santé mentale. Par santé mentale, on entend aussi bien le stress, l’anxiété que des troubles plus sévères comme la dépression ou la schizophrénie. Nous sommes tous concernés, 7% des Français sont en état de dépression clinique actuellement ce qui est très alarmant. Cela peut conduire à des burn-outs, des divorces... Les patients que je reçois mésestiment souvent l’influence de l’alimentation et de l’activité physique sur leur santé mentale. Notre cerveau ne dépense que 20% de nos apports de calories chaque jour, il faut donc se dépenser à côté via de l’activité physique et faire attention à son alimentation.

moka.care - Le domaine de la psycho-nutrition est en plein essor et de nombreuses études ont été publiées ces dernières années, pouvez-vous nous partager celles qui vous ont le plus marqué et les enseignements de celles-ci ?

Depuis 2004, nous avons des études réalisées chez les rats qui montrent que lorsqu’on les fait naître dans un environnement stérile - c’est-à-dire qu’ils n’ont aucune bactérie dans leurs tubes digestifs - ils développent des troubles du comportement : agressivité, auto-mutilations etc. Dès qu’on leur administre un probiotique dans l’intestin, les troubles du comportement disparaissent. Cela a ouvert un champ énorme de recherches pour comprendre les interactions entre les microbiote et santé mentale.

Le microbiote, c’est l’ensemble des bactéries qui tapissent notre intestin. Il pèse en moyenne entre 1 et 1,5 kilo chez l’être humain et il sert à nous protéger des infections alimentaires. Ces bactéries renforcent également notre système immunitaire de manière générale même si cela est encore peu connu. Les probiotiques peuvent donc permettre d’être moins vulnérables face aux infections respiratoires comme le rhume, le covid-19… et en plus de cela, les probiotiques ont montré leur efficacité sur l’anxiété et la dépression.

En 2014, nous avons publié la première méta analyse qui montrait que les personnes qui ont un syndrome de l’intestin irritable ont plus d’anxiété et de dépression que les autres et présentent des troubles du microbiote. Nous avons également réalisé des études sur les effets du jeûne sur la santé mentale, les liens entre l’alimentation, le microbiote et l’inflammation…”

moka.care - La majorité de notre microbiote se constitue avant nos trois ans, est-ce que cela signifie que passé cet âge, on ne peut plus influer sur notre santé mentale via le biais de notre microbiote ?

Le microbiote se constitue majoritairement dans les 1000 premiers jours de vie. Après cette période, il reste stable pendant toute l’enfance puis connaît à nouveau des modifications durant l’adolescence qui sont différentes chez les femmes et chez les hommes. Il diminue ensuite à partir de l’âge de 65 ans environ. Il faut donc se rappeler qu’on n’a pas le même microbiote au cours de sa vie et que les personnes âgées vont avoir plus d’intérêt à prendre des probiotiques que les autres par exemple.

En changeant de mode d’alimentation, on voit des différences sur le microbiote en deux semaines seulement. Par exemple, si l’on passe d’un régime alimentaire inflammatoire comme celui de l’alimentation occidentale à une alimentation plus riche en fibres et en légumes frais, l’effet sera d’autant plus marqué et on peut donc parfaitement influer sur son microbiote même après les 1000 premiers jours de vie.

Dans notre alimentation occidentale, il y a énormément de sucres cachés. On trouve aussi des graisses saturées, trop peu de protéines ou de fibres alors que ces dernières nourrissent le microbiote. Il faut aussi rappeler qu’on trouve souvent des antibiotiques dans la viande qui peuvent altérer notre microbiote. L’effondrement de la biodiversité que l’on observe dans notre environnement, on le constate aussi dans nos intestins. Cela peut générer des troubles de la civilisation comme le cancer, le diabète ou encore la dépression.

moka.care - Avez-vous quels conseils pratiques à nous partager pour prendre soin de son microbiote et donc de sa santé mentale ?

  • Se supplémenter quotidiennement en oméga 3 en veillant à avoir un bon dosage en DHA et EPA.
  • Tester une supplémentation en probiotiques pendant 4 à 8 semaines pour voir si ceux-ci ont un effet positif sur votre santé physique et mentale. Si ce n’est pas le cas, il est possible d’essayer différentes souches mais toujours pendant cette durée minimale d’un mois afin d’avoir assez de recul.
  • Essayer de privilégier une alimentation méditérranéenne ou anti-inflammatoire avec des apports importants en légumes et fruits frais.
  • Réduire autant que possible la consommation de produits transformés qui sont néfastes à l’environnement et à la santé.

La suite de l’échange ainsi que des conseils plus détaillés sont disponibles dans la vidéo ci-dessus.

Si vous souhaitez en savoir plus sur le sujet, vous pouvez retrouver les travaux du Docteur Guillaume Fond sur la psycho-nutrition dans son livre "Bien manger pour ne plus déprimer" paru aux Editions Odile Jacob.